Il y a deux ans ma fille est partie en colonie de vacances pour la première fois. 5 jours en pleine nature à construire des cabanes, faire des fouilles archéologiques, se baigner et dormir avec 3 autres petites filles sous une tente. Depuis le jour de l’inscription jusqu’à la veille du départ, l’excitation était palpable. En revanche, le jour J, l’état émotionnel n’était pas le même. Je revois encore son petit minois devant le car qui s’apprêtait à partir. D’abord, ce fut un câlin interminable. Puis des larmes. Et enfin, une phrase qui transperce un cœur de maman « Maman, ne me laisse pas… ». Autant vous dire que j’étais déchirée. Devais-je la ramener illico presto à la maison et soulager notre douleur à toutes les 2, ou bien la contraindre à y aller, sachant pertinemment qu’elle allait s’éclater une fois l’au revoir terminé et qu’elle y ferait des apprentissages qui lui serviraient toute sa vie? Cette prédiction s’est avérée exacte. En plus de s’être faite plein d’ami(e)s, elle meurt d’envie d’y retourner. Pourtant, ma fille et moi, nous sommes très habituées à la séparation car elle part régulièrement chez son père. Là aussi il a fallu apprendre à le vivre. Élevée seule un enfant unique rend la relation vraiment fusionnelle. C’était très dur au début, mais on s’est habituées.

Puis un changement amoureux m’amena à profiter des départs chez son père pour m’envoler dans le Sud. Les séparations sont alors redevenues complexes. Aller chez son père d’accord, mais pendant que maman parte de son côté à l’autre bout de la France… ce n’était pas la même histoire. Elle ne l’acceptait pas du tout. Les vendredis matins, quand je la déposais à l’école avant d’aller prendre l’avion, elle s’accrochait à mon cou. Je n’arrivais pas estomper ce sentiment d’abandon. Je ne l’ai jamais réussi d’ailleurs pendant cette période. J’avais un sentiment de culpabilité certain et elle le sentait bien.

Depuis, nous avons déménagé et elle s’en porte beaucoup mieux.

J’ai plein d’outils dans ma sacoche. Gestion des émotions, des peurs, confiance en soi etc.… que j’applique avec mes petits patients en cabinet. Mais là, je n’y arrivais pas. J’avais le sentiment de souffrir de trop aimer. Mais c’est une histoire que je me racontais. En réalité, sa douleur faisait trop écho à mes propres souvenirs, à mes propres blessures. J’aurai aimé avoir à l’époque, le recul d’aujourd’hui. Elle a grandit et moi aussi.

Et vous, comment vivez-vous les séparations avec vos enfants ? Est-ce que cet été sera l’occasion de l’expérimenter ? Départ chez papi/mamie, chez papa, colonie de vacances etc.… Comment le préparez-vous ?

Voici quelques conseils que j’aurais aimé entendre à l’époque.

 

Pourquoi est-il important de laisser partir notre enfant en vacances sans nous ?

Nous sommes un modèle pour nos enfants. Notre éducation, nos modes de vie, nos valeurs transmettent une ligne directrice pour toute leur vie. Nous instaurons des rituels, une routine au quotidien. A l’école, dans les films, ils aperçoivent d’autres manières de fonctionner. Ils voient des familles avec d’autres modes de pensée. Mais ils les voient de loin.

Aujourd’hui, dans le monde du travail, sont recherchés dans les profils des candidats une « flexibilité mentale ». Mais qu’est-ce donc ? Il s’agit d’une adaptabilité, une capacité à trouver, tel un caméléon, la bonne teinte dans un comportement, un agissement, un positionnement quelque soit l’environnement.

Quand une personne manque de « flexibilité mentale », elle aura des difficultés  à élaborer de nouvelles hypothèses face à une situation non-automatisée. Il sera compliqué d’avoir une réponse adaptée en dehors de la routine. Puis finalement, une grande tendance à rester fixé sur une idée et une difficulté à changer de point de vue.

La limite n’est pas que dans le milieu professionnel, elle est aussi dans la sphère privée. L’absence de flexibilité ôte cette capacité d’innovation et d’adaptation inhérente à l’évolution de l’être humain. Les conséquences possibles sont entre autre les phobies, l’intolérance, le dogmatisme (se croire le détenteur de la vérité) ou encore l’autoritarisme.

En leur laissant expérimenter d’autres points de vue, d’autres modes de vie, d’autres rituels, vous offrez à votre enfant la possibilité d’être le plus ouvert et adaptable possible. Il pourra observer que le fonctionnement d’autres adultes référents  lui donne des apports différents.

Comment mieux vivre la séparation ?

En tant que parent, les appréhensions avec une première séparation sont nombreuses. Voici quelques astuces pour mieux gérer la situation.

  • Si votre enfant n’a jamais passé de nuit sans vous, commencez par là. Un dodo chez un copain ou chez papy/mamie pour apprivoiser le fait de vous retrouver le lendemain. Il se rendra ainsi compte que chacun a passé un bon moment de son côté.
  • Il est inutile d’en parler des semaines à l’avance, mis à part si c’est une fête pour votre enfant ou que la demande vient de lui. Ayant une notion immature du temps, il pourrait avoir le sentiment permanent que le départ est pour bientôt. Attendez plutôt quelques semaines avant le départ pour l’évoquer et quelques jours pour le détailler.
  • Si vous avez passé des vacances loin de vos parents quand vous étiez petit, racontez-lui vos péripéties, ce que vous avez le plus aimé, les souvenirs qui resteront gravés dans votre tête ad vitam aeternam.
  • Soyez excité pour eux. Dîtes-leur combien ils ont de la chance de vivre ces superbes vacances. Enumérez toutes les activités formidables qu’ils vont faire.
  • Assumez votre appréhension. Il la sent. Il perçoit alors que ce départ est néfaste. C’est exactement à cet endroit que je gérais mal. Mon appréhension était si forte qu’elle se la prenait de plein fouet. A lieu que votre enfant la devine, dîtes-lui avec vos propres mots. Les émotions cachées sont décuplées. En revanche, axez également sur le fait que, malgré votre chagrin, chacun sera bien de son côté et qu’il passera de supers moments.
  • Laissez-le participer au bouclage de la valise. « Rajoute 10 culottes, puis choisis un livre que tu as envie d’amener ». Il peut ajouter un objet à vous. Avec un peu d’huile de coude, vous pouvez ajouter ce sac à bisous.

 

 

Parfois, certains enfants peuvent ressenti un sentiment d’abandon avec cette séparation. Pour éviter cela, préparez-lui une surprise pour son arrivée. Si vous êtes parti en vacances de votre côté, achetez-lui un souvenir. Si vous êtes resté chez vous, préparez une banderole de bienvenue, ou apportez une chouette innovation dans sa chambre. Ces attentions que vous aurez pour votre enfant, lui feront sentir que vous avez pensé à lui et que vous êtres trop content qu’il revienne. Bonnes vacances !

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